« Il faut construire un nouveau modèle de civilisation », affirme Sérgio

Por Tatiana Lotierzo (FISC)
Foto Claudia Ferreira FISC
Haddad, membre du Conseil International du FISC; le conférencier a été applaudi lorsqu’il a mentionné l’éducateur Paulo Freire, récemment amnistié « Il faut construire un nouveau modèle de civilisation qui respecte la diversité et l’équilibre de l’environnement, commencer un processus de dé-mondialisation, réduire la distance entre production et consommation, démocratiser le système international – que ce soit celui de Bretton Woods ou celui de l’ONU ». C’est ce que Sergio Haddad a proposé dans sa présentation au Panel Intercontinental réalisé le matin du 29 novembre.
Haddad, économiste, professeur universitaire, coordinateur-général de l’ONG Ação Educativa et membre du Conseil International du FISC, a fait une longue analyse de conjoncture sur le contexte international autour du Forum. D’après le conférencier, la mobilisation de la société civile au Forum pour la CONFINTEA VI doit regarder également vers une autre grande réunion,
organisée aussi par l’ONU : la Conférence des Nation Unies pour le Changement Climatique (COP15) http://en.cop15.dk/, à Copenhague, du 7 au 18 décembre 2009. Haddad a souligné que ces deux rencontres sont des opportunités pour la mobilisation de la société civile, en plus d’une occasion pour exercer une influence sur des décisions futures, qui déclarent du respect à la société dans l’ensemble et au projet de construire un monde plus juste, égalitaire et démocratique.
Selon l’économiste, « la lutte à la COP15 est contre la privatisation de l’air » ; à la CONFINTEA, à son tour, « la question est comment les gouvernements s’engageront avec 771 millions de jeunes et d’adultes qui ne savent ni lire ni écrire et tellement d’autres qui n’ont pas pu compléter l’enseignement de base, ou comment développer un projet d’éducation universelle et gratuite tout au long de la vie ».
Outre les conférences, le coordinateur général d’Ação Educativa a rappelé deux cadres historiques d’un passé récent dans la lutte entreprise pour la société civile en défense des droits humains : la chute du Mur de Berlin, dont il y a eu déjà 20 ans le 9 novembre, et les premières manifestations visibles contre le modèle économique appliqué après la chute du Mur, lorsque des milliers de personnes se sont mobilisées pendant la Conférence de l’Organisation
Mondiale du Commerce à la ville de Seattle, aux Etats-Unis, en 1999.
À son tour, la chute du Mur de Berlin a été interprétée comme une annonce de la fin de l’histoire à travers une hégémonie imposée par l’ascension des politiques néolibérales. Tel que Haddad l’a rappelé, en Amérique Latine le néolibéralisme a accompagné le moment de la fin des dictatures militaires, en instituant une période marquée par l’inhibition du rôle régulateur de l’État, les privatisations du patrimoine public et la perte des droits civils. « Mais les grains semés à Seattle ont commencé à pousser et les personnes qui étaient mobilisées en 1999 ont été les premières à organiser le Forum Social Mondial (FSM) en 2001. Le mouvement dénonçait la crise néolibérale : l’histoire n’était pas finie », a déclaré le conférencier.
Haddad a mis également l’accent sur l’importance du FSM, qui a eu des sessions à Porto Alegre, à Mumbai, à Dakar, au Maroc et ainsi de suite dans les cinq continents jusqu’à arriver à Belém en 2005. « Le FSM montre la force avec laquelle le champ contre-hégémonique de lutte des mouvements sociaux est formé. Cette lutte est pour la construction d’un nouveau modèle
de développement », il a affirmé.
Ajoutée à cette vague de résistance, le FISC offre aux participants des éléments pour l’incidence à la CONFINTEA VI et la COP15. « Les rencontres sont fondamentales quoique la population, les gouvernements et la presse ne les traitent pas si sérieusement qu’ils le méritent », Haddad a critiqué. La CONFINTEA, une rencontre qui a lieu tous les 12 ans depuis 1949, pose le défi de l’universalisation de l’éducation de base. En termes de visibilité, la lutte pour le droit à l’éducation est en désavantage : « si la crise du climat touche toutes les personnes, l’analphabétisme et la faible scolarisation sont des maux qui touchent les plus pauvres et les moins puissants/tes : les femmes, les afro-descendants/tes et les indigènes, les
paysans/annes, les personnes sans liberté d’expression sexuelle et les emprisonnés/ées, parmi tellement d’autres », il a affirmé.
Lorsqu’Haddad a mentionné l’éducateur Paulo Freire, il a été longuement applaudi. Le pédagogue a reçu l’amnistie du gouvernement brésilien le 26 septembre dernier. Durant la Dictature militaire, Freire a été emprisonné pendant 70 jours, devant après s’exiler de son pays pour 16 ans. Le conférencier a parlé alors du rôle de Freire, du Brésil et de l’Amérique Latine dans la résistance et la longue tradition d’un modèle d’éducation populaire avec des adultes, appuyé sur la conscience politique.
Pour compléter sa présentation, qui a comparé constamment les deux Conférences de l’ONU, le conférencier a conclu emphatiquement : « le modèle adopté pour surmonter les inégalités éducatives à l’échelle mondiale devrait être le même modèle d’urgence adopté pour surmonter le réchauffement du Globe », tout en mettant l’accent sur le rôle central des éducateurs/trices et des apprenants/tes, ainsi que celui de la société civile dans les luttes pour cet autre modèle de civilisation possible.
